Comment évaluer une PME à reprendre

La valeur d'une petite entreprise se construit à partir de ce qu'elle dégage réellement, de ce qu'elle doit et de ce que vous pourrez rembourser. Voici la méthode, pas à pas, avec un exemple chiffré.

Par Xavier Poirel, cofondateur de Dealeasy · publié le 15 octobre 2026
En bref

Pour une PME, la méthode la plus utilisée consiste à multiplier l'EBE retraité par un multiple propre au secteur et à la taille, puis à passer de la valeur de l'entreprise à la valeur des titres en ajoutant la trésorerie et en retirant les dettes. Le prix doit ensuite être finançable : la capacité d'autofinancement doit couvrir les remboursements.

Qu'est-ce que l'EBE retraité ?

L'excédent brut d'exploitation (EBE) mesure ce que l'activité dégage avant amortissements, frais financiers et impôt. C'est le meilleur indicateur de la rentabilité d'exploitation d'une PME. Mais l'EBE comptable reflète la gestion du dirigeant actuel, pas celle du repreneur. Il faut donc le retraiter pour obtenir l'EBE que vous achetez vraiment.

Les retraitements les plus fréquents :

Quelle méthode utiliser pour valoriser une PME ?

1. Le multiple d'EBE, méthode principale

La valeur d'entreprise est égale à l'EBE retraité multiplié par un coefficient. Ce coefficient dépend du secteur, de la taille, de la récurrence du chiffre d'affaires et des risques (dépendance à un client ou au dirigeant). Pour les petites PME, les multiples observés se situent le plus souvent dans une fourchette basse, de l'ordre de 3 à 5 fois l'EBE retraité. C'est un ordre de grandeur, à confirmer avec vos conseils et les transactions comparables du secteur.

2. Le multiple de CAF, méthode de contrôle

La capacité d'autofinancement (CAF) correspond au résultat net augmenté des dotations aux amortissements. Elle intègre la fiscalité et les frais financiers : elle permet de vérifier que la valeur obtenue reste cohérente avec ce que l'entreprise génère réellement en trésorerie.

3. La valeur patrimoniale, plancher

L'actif net corrigé (capitaux propres réévalués) donne une valeur plancher. Pour une entreprise rentable, elle est en général nettement inférieure à la valeur de rendement.

Comment passer de la valeur d'entreprise au prix des titres ?

Vous n'achetez pas l'activité seule : vous achetez les titres de la société, avec sa trésorerie et ses dettes. On ajoute donc la trésorerie disponible et on retire les dettes financières (emprunts, crédit-bail reclassé). Les comptes courants d'associés, c'est-à-dire les sommes avancées par le dirigeant à sa société, sont une dette envers le cédant : ils se traitent en plus du prix, remboursés au closing ou étalés par un crédit vendeur.

Exemple chiffré

Repris du dossier exemple Dealeasy, une PME de maintenance industrielle de 1,32 M€ de chiffre d'affaires (données fictives) :

ÉtapeCalculMontant
EBE comptable 2025–142 k€
EBE retraité142 + 12 k€ de retraitements nets154 k€
Valeur d'entreprise154 × 3,75578 k€
+ Trésorerie nette des dettes bancaires187 − 163+ 24 k€
− Décote pour dépendance au dirigeant8 %− 48 k€
Prix des titrespoint médian554 k€
Comptes courants à rembourseren plus du prix85 k€

Le prix est-il finançable ?

Une valorisation n'a de sens que si elle se rembourse. En reprise, la dette d'acquisition est en général portée par une holding, remboursée par les dividendes que la société lui verse. La question à se poser : la CAF disponible, après les dettes existantes, couvre-t-elle l'annuité de la dette d'acquisition avec une marge de sécurité ? Les banques regardent généralement un ratio de couverture d'au moins 1,2 à 1,3.

Dans l'exemple, la première année est tendue car l'entreprise rembourse encore ses propres emprunts. Le dossier propose deux solutions : un différé d'amortissement, ou le remboursement anticipé d'un prêt avec la trésorerie excédentaire.

En résumé

Voir ces analyses sur un vrai dossier

Le dossier exemple Dealeasy applique cette méthode à une PME industrielle de 13 personnes : performance, retraitements, BFR mensuel, dettes, équipe et valorisation.